Hausse des frais d’inscription pour étudiants étrangers (hors UE)

Avec l’annonce de l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants non citoyens de l’Union Européenne, le Premier Ministre attire l’attention sur une injustice flagrante et attaque une nouvelle fois les notions de solidarité et d’équité propres à la République Française et son système universitaire. A ce jour, aucun projet de loi ou amendement n’a été posé et cela rend donc difficile la critique de cette annonce autrement qu’à partir du discours prononcé par Édouard Philippe.

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Faculté de médecine de Nantes 

Le 19 novembre 2018, le Premier Ministre prononce un discours dans le cadre de la « Présentation de la stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux ». Ce discours est alors adressé à un auditoire composé de :

– La ministre de l’Enseignement Supérieure, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI).

– Le secrétaire d’État aux Affaires Étrangères chargé du commerce extérieur, du tourisme et de la francophonie. *1

– La directrice générale de Campus France, l’organisme public notamment chargé du programme « Étudier en France ».

– Le Recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie.

– Les présidents de conférence d’établissements et les présidents d’université et les directeurs d’écoles.

Le Premier Ministre français inscrit le projet de réforme d’attractivité à l’étranger des universités française, dans la continuité de la loi Orientation et Réussite des Étudiants :

« Mais une seconde étape, tout aussi importante, consiste à gagner la bataille de la concurrence internationale entre nos systèmes d’enseignement supérieur et de recherche. En accueillant les étudiants les plus brillants et les plus méritants, qu’ils viennent de Pékin ou de Kinshasa, qu’ils étudient l’intelligence artificielle ou la linguistique médiévale. Et en projetant partout dans le monde notre enseignement supérieur et notre recherche. »

M. Edouard Philippe considère donc que jouer la bataille de la concurrence internationale permettrait ainsi de grandir l’influence de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche français sur la scène internationale (concurrençant ainsi les universités américaines et britanniques figurant « au top » du classement Shangaï *2). Dans son discours, le Premier-Ministre sous-entend que les universités françaises ne proposent pas de formations assez qualitatives pour « happer les cerveaux étrangers ». Bien que selon lui, la France est 4ème pays en termes de mobilité étudiante et le 1er pays non anglophone, il met l’accent sur des lacunes qui sont systématiquement d’ordre économique en associant systématiquement le supérieur au marché de l’emploi comme étant la condition sine qua non d’un système universitaire performant.

Si l’amélioration de l’accueil des étudiants est le premier pilier de la stratégie du gouvernement, le second est tout à fait discutable compte-tenu de la situation réelle :

« Le second consiste à instaurer une forme d’équité financière. Actuellement, la France est l’un des pays au monde où les droits d’inscription des étudiants internationaux sont les plus faibles : c’est presque comme s’ils n’existaient pas. En bref, un étudiant étranger très fortuné qui vient en France paye le même montant qu’un étudiant français peu fortuné dont les parents résident, travaillent et payent des impôts en France depuis des années. C’est absurde et injuste. Et ce choix a comme conséquence la faiblesse des moyens disponibles pour accueillir et accompagner les étudiants internationaux. »

C’est pour cette raison que l’Enseignement Supérieur et la Recherche s’agite face à l’annonce de l’augmentation des frais d’inscription des étudiants non français (hors UE). Le Premier Ministre explique tout de même que seul un tiers des études sera payé (la comparaison avec nos voisins européens les plus libéraux économiquement est un raccourci énorme). L’argument de l’étudiant « riche » qui doit payer à hauteur de ses moyens peut se tenir, principe d’équité qui pourrait être également appliqué en France avec des frais d’inscriptions variables. Toutefois ce principe est valable pour l’étudiant français comme pour l’étudiant non français, tant que les ressources financières de l’étudiant en question sont bien en adéquation avec celles de ses parents et dans bien des cas l’étudiant doit subvenir seul à ses besoins et se voit pénalisé.

Il explique ensuite que le gouvernement souhaite ajouter pour 8000 bourses d’exonération supplémentaires (actuellement 7000 bourses sont attribuées), pour « ceux qui ont besoin », ainsi que 6000 bourses d’établissements qui seront à répartir entre les universités. Cette annonce semble satisfaisante mais contient quelques lacunes : quel sera le seuil pour lequel on estimera qu’un étudiant non français « aura besoin » d’une bourse d’exonération ? comment seront réparties les bourses d’établissements : au « mérite » ? sous le même principe que les Appel à Projet, IDEX, I-Site ? *3 La question du financement de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche est l’un des désengagements progressifs de l’État dans sa mission de service publique. La mise en concurrence des établissements du supérieur pour obtenir des financements en est un exemple, la Contribution Vie Étudiante et Vie des Campus en est un autre et cette question de l’augmentation des frais d’inscription sous-entendrait une manne financière supplémentaire directe pour les universités et possiblement une baisse de dotation de l’État ailleurs. La mise en concurrence des universités françaises sur leur capacité d’attraction d’étudiants internationaux est regrettable tant les moyens à disposition de ces dernières sont inégaux. Une université parisienne ou une université de métropole régionale bénéficie d’une capacité d’attractivité bien plus puissante qu’une université de proximité, elle affichera ainsi de meilleures performances et obtiendra alors plus de moyens financiers.

Si ce n’est l’augmentation des frais d’inscription pour une partie des étudiants étrangers, ce discours n’annonce rien de très révolutionnaire au premier abord. Ce qui est problématique en revanche, ce sont les conséquences que certaines mesures pourraient avoir sur le fonctionnement de l’ESR et notamment la mise en concurrence des universités sur leur capacité à brasser des étudiants étrangers (avec des moyens financiers inéquitable sinon ce ne serait pas drôle). Les syndicats étudiants sont sur le qui-vive, beaucoup d’universités ont fait voter en Conseil d’Administration le rejet de cette hausse et/ou sa non-application mais un travail de veille est nécessaire et notamment lorsque le gouvernement proposera son projet de loi. En effet, si cette augmentation des frais d’inscription est finalement abandonnée par le Premier Ministre, il n’empêche que d’autres mesures discrètes mais plus pernicieuses pourraient être acceptées en contrepartie.


1 – L’auditoire est assez représentatif du sujet alors abordé, la seule interrogation concerne le secrétaire d’État : est-il sollicité uniquement parce qu’il est chargé de la francophonie, ou également parce qu’il est chargé du commerce extérieur ?

2 – Classement mondial des établissements du supérieur, il se base sur des taux de réussites dans le domaine pédagogique, scientifique, etc. Les universités de pays anglophones occupant la tête du classement jusqu’à la 19e place occupée par une université suisse : http://www.shanghairanking.com/ARWU2018.html

3 – Depuis la loi LRU de 2007 proclamant l’autonomisation des université (financièrement parlant surtout), des fonds IDEX, I-Site, École Universitaire de Recherche, etc. sont mis à disposition des universités française selon un principe concurrentiel important : l’université, ou le regroupement d’universités (COMUE), voire la fusion d’universités sous un projet « novateur, attractif,… » qui se voit accepter son projet par le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, obtient des fonds pouvant atteindre la dizaine de millions d’euros.

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