Présentation de Nil Caouissin, responsable de l’UDB Jeunes

photomoiVoilà un an que Nil Caouissin a été élu responsable jeunes de l’UDB, succédant à Julien Le Bot. Un an que ce néo-rennais mène la barque du mouvement autrement dit plus que temps de le présenter au grand public.

UDB: Nil, peux-tu te présenter en quelques mots?

Je viens d’arrêter mes études en histoire médiévale à Rennes II, et j’apprends le Breton à Skol an Emsav en cours du soir. Cela fait bientôt un an que je     suis parti de Paris pour venir habiter à Rennes. Venir m’installer en Bretagne avant la fin des mes études était un projet mûri de longue date, et je ne suis pas déçu. Quand on quitte l’agglomération parisienne, on se rend compte, par contraste, à quel point l’entassement de millions de personnes dans un espace saturé et congestionné est nuisible à l’équilibre individuel. J’ai trouvé ici une cohésion sociale, une culture partagée, qui étaient totalement absentes à Paris. Au niveau de la vie quotidienne, c’est le jour et la nuit !
Je suis adhérent à l’UDB depuis maintenant trois ans. Ma première manif en Bretagne a eu lieu à Nantes, pour la réunification.

Pourquoi t’être engagé à l’UDB ?

J’ai été sensibilisé très tôt au problème de l’épuisement des ressources naturelles et de la destruction des écosystèmes. La conviction qu’un changement d’organisation économique est nécessaire et urgent est ancrée en moi depuis près de quinze ans maintenant, alors on ne peut pas vraiment dire que je suis un jeune en politique ! Simplement, même si j’avais conscience qu’il fallait passer par un engagement à la fois individuel et collectif, j’ai mis longtemps à faire le lien entre mes convictions écologistes et d’autres causes qui me tenaient autant à cœur, comme le refus de l’inégalité sous toute ses formes, que ce soit entre classes ou entre cultures. Quand j’ai compris qu’il était possible de lier ces trois combats dans un projet cohérent, j’ai adhéré tout naturellement à l’UDB.

Avant cela, j’avais connu quelques engagements ponctuels, comme les mouvements lycéens contre les suppressions de postes ou des mobilisations contre les expulsions d’immigrés, mais c’étaient toujours des combats « contre », défensifs, jamais en vue de construire une alternative, et à l’époque ma vision de la politique restait assez pessimiste. J’avais l’impression qu’essayer d’enrayer le réchauffement climatique, la montée du racisme, réclamer une société plus juste, revenait à se battre contre des moulins à vent. Et d’une certaine manière, c’était vrai : je réfléchissais surtout à l’échelle hexagonale, qui est à la fois trop éloignée des territoires pour construire une alternative concrète et trop restreinte pour lutter efficacement contre le pouvoir international de la finance et d’un certain patronnat prêt à jouer les Etats-Nations les uns contre les autres.

De plus, je n’avais pas conscience de l’existence de partis bretons sérieux comme l’UDB, et j’avais l’impression de devoir choisir entre l’engagement à gauche et la lutte pour les droits poliiques du peuple breton. Quand j’ai compris, à la lecture du journal du même nom et suite à de longs mois de réflexion, qu’un processus de devolution dans le cadre d’une Europe sociale serait bien plus efficace pour accélérer la transition écologique et avancer vers une société égalitaire que les formules étatiques et périmées de la gauche française classique, j’ai eu l’impression que les pièces du puzzle que j’avais dans la tête depuis des années se rassemblaient d’un coup, et je n’ai plus hésité à m’engager dans un parti. C’était aussi l’époque où je quittais le lycée pour la fac, où je suis devenu beaucoup plus libre de mes mouvements et de mon emploi du temps, et cela a certainement joué un rôle. Si j’avais été en classe prépa, je n’aurait sans doute jamais pu militer. La meilleure des raisons d’aller à l’université quand on veut faire des études supérieures, c’est qu’il y est possible d’étudier tout en faisant autre chose à côté.

La découverte du travail salarié m’a aussi fait comprendre à quel point le monde du travail peut être violent et conflictuel, y compris de façon très discrète. J’ai aujourd’hui la chance de travailler dans des conditions plus favorables, mais je reste convaincu qu’une organisation du travail fondée sur les seuls rapports de force économiques conduit toujours à une forme d’oppression. Cela aussi a été une prise de conscience.

Mais la grande leçon d’optimisme qui m’empêche, et, je crois, m’empêchera toujours de renoncer, c’est la vague révolutionnaire qui a secoué le mond dit « arabe » à partir de 2011. La situation politique en Egypte, en Tunisie, en Lybie ou en Syrie, portait au pire des pessimismes. Des dizaines de millions de personnes étaient coincés entre dictature et obscurantisme islamiste, et, vus depuis les médias occidentaux, les vrais démocrates avaient l’air d’être une élite bourgeoise un peu décalée, coupée des préoccupations des peuples. Tout cela donnait la très désagréable impression que la démocratie était condamnée à rester une exception culturelle occidentale. La suite a prouvé le contraire, et même si ces révolutions ont connu des fortunes diverses, souvent tragiques, elles ont montré que les peuples pouvaient être plus forts que les pires des oppresseurs, même là où l’espoir semblait le plus faible.

Nil, qu’est ce qui fait que tu te retrouves à l’UDB ? Qu’est ce qu’un parti pour toi ?

64534_4835052284383_942353339_nSur le plan idéologique, l’UDB était le parti qui me convenait le mieux. Cela dit, comme j’ai longtemps habité à Paris, j’ai commencé à militer avec EELV, quand je n’étais pas en train de vendre le Peuple Breton devant la Gare Montparnasse. Je ne le regrette pas : c’est un parti dont je partage beaucoup de valeurs et j’ai gardé le contact avec des militants qui, de fait, ont été mes premiers camarades. Mais quand on est organisé à l’échelle de l’Etat français, il est difficile de ne pas se calquer sur son organisation technocratique du territoire, et, de fait, c’est le cas des Verts aujourd’hui, ce qui est assez paradoxal pour un parti censé être autonomiste. Militer à l’UDB est donc bien plus cohérent pour moi. Et puis, même si l’écologie est un des thèmes qui me tiennent le plus à cœur, j’estime qu’il ne faut pas le traiter seul mais le lier aux questions économiques et sociales ; sinon, on fait de l’écologie « en plus » du reste, on ne met pas les politiques en cohérence et on se plante.

On m’a parfois fait la remarque qu’être encarté était une limitation à la liberté, notamment électorale. C’est vrai si on est hésitant, qu’on a pas de vision globale de la politique et qu’on peut changer d’avis à chaque élection. Mais quand on sait ce qu’on veut, qu’on a passé des années à y réfléchir et qu’on est sûr de soi, la vraie liberté, c’est l’engagement. J’ai un souvenir particulièrement fort du sentiment de rage et surtout d’impuissance qui m’avaient habité lors de l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007. J’avais suivi toute la campagne sans y participer et j’avais regardé, sans pouvoir donner mon avis, celui que je considérais comme la courroie de transmission du FN prendre le pouvoir en jouant sur les plus bas instincts des gens. Mais quand on s’indigne tout seul dans son coin, on ne réussit à rien, si ce n’est à se rendre pénible pour son entourage. S’engager n’est pas se mettre en cage, c’est plutôt en sortir !

Cela ne vaut d’ailleurs pas que pour la politique au sens trict du terme, mais plus largement pour les engagements associatifs et syndicaux. Je ne les oppose pas ; pour moi, ce sont différentes manières, complémentaires, de transformer la société. Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir plus de temps pour les associations que je soutiens et pour mon syndicat (je suis adhérent à SLB depuis quelques mois) mais quand on veut être efficace il faut savoir prioriser.

Militer dans un petit parti, pas trop dur ?

Au contraire, cela veut dire être libre et pouvoir se faire entendre. C’est aussi un gage de clarté et de démocratie : au PS, il y a des tas de courant, ce qui mène à une situation malsaine où les citoyens votent pour un parti et pour un programme alors que les vrais choix se font en interne, de façon assez opaque, et souvent après l’élection ! C’est la démocratie à l’envers. Il serait bien plus logique de présenter plusieurs partis, avec chacun son programme, et de laisser les électeurs arbitrer, plutôt que de réunir des courants aussi différents dans une même organisation. Les partis qui se concentrent sur l’échelle hexagonale tendent à devenir des machines à gagner les élections et à fournir des postes. C’est dommage, car on y trouve des militants et des cadres sincères dans leur engagement.

C’est aussi pour ça que je suis autonomiste : parce que je suis convaincu que le centralisme parisien est une machine à confisquer le pouvoir aux citoyens et à le concentrer dans les mains de hauts fonctionnaires sortis de grandes écoles, sûrs d’être l’élite de la Nation, alors qu’ils ne savent gérer que le court terme. Et quand on est autonomiste, le premier pas pour concrétiser ses idées, c’est de s’engager dns une organisation autonome plutôt que dans un courant rattaché à une grosse machine centralisée.

Par contre, c’est vrai qu’en terme d’investissement personnel, militer à l’UDB est particulièrement prenant. Tout est à faire, on aimerait tout faire, mais on ne peut pas ! C’est frustrant. D’autant plus qu’il y a les études et le boulot à côté. Parfois, il m’est arrivé de faire passer le militantisme avant tout le reste, mais dans l’ensemble je ne pense pas que mon engagement soit préjudiciable à mes autres activités. La diversité est plutôt un plus, une fois qu’on a appris à gérer. Quand je suis à fond sur un dossier, il arrive un moment où je tourne à vide, où je suis obligé de faire quelque chose de différent pour m’y remettre ensuite. Un peu comme la rotation des cultures, mais dans la tête ! Et puis, l’engagement politique, c’est aussi une aventure humaine passionante. On rencontre des gens dont on se retrouve proche alors qu’on ne les aurait peut-être jamais côtoyé sur nos lieux de travail, d’étude ou de loisir. Donc l’engagement est quelque chose que je conseille. Cela implique des sacrifices, mais ce qu’on y gagne en vaut largement la peine.

Nil, ça fait bientôt un an que tu es responsable jeune : Cela fait donc un an que tu a été élu responsable jeunes. Quel bilan tires-tu de cette année en poste? quelle est la dynamique ?

Déjà, je suis largement redevable du travail effectué ces dernières années par les militants qui ont créé l’UDB Jeunes. Ils et elles ont commencé à une poignée, et aujourd’hui nous sommes un groupe de taille appréciable, qui continue à attirer. C’est de bonne augure pour l’avenir de la gauche autonomiste en Bretagne. Face aux échecs des politques productivistes et centralistes, de plus en plus de citoyens se rendent compte que notre vision représente une alternative crédible. Mais cela prend du temps ; les préjugés restent tenaces et les médias privilégient le sensationnel, comme la montée du FN (qui se nourrit très largement de l’engouement des chaînes de télé et des journaux). En tout cas, sur le terrain, on recrute. La dynamique intitiale est maintenue par les weekends militants, qui sont des moments très motivants, notamment pour les nouveaux adhérents. Ceci dit, cela commence à faire longtemps qu’on a pas mené une action plus longue comme un Tro Breizh de l’autonomie. Comme toujours lorsqu’il y a un renouvelement générationel, il y a un moment de flottement, des choses à réapprendre.

Il faut aussi se rendre compte que plus nous sommes nombreux, plus il est difficile de maintenir une dynamique commune à tous les adhérents. Les groupes locaux prennent peu à peu la relève et c’est une bonne chose. Les Nantais et les Brestois sont actifs depuis un moment déjà, la section de Paris est portée par des jeunes, des militants très actifs font un super boulot de terrain à Lorient et à Vannes, et un groupe local vient de se créer pour les Côtes d’Armor. À Rennes, c’est plus difficile, les jeunes sont souvent des étudiants qui ont tendance à ne rester que deux ou trois ans pour leurs études et sont très pris par les concours ou les exams; et dans le Kreiz-Breizh, le problème de la dispersion et de l’indigence des transports freine la structuration.

Enfin, la réflexion politique est un des points forts de notre mouvement. Militer n’a pas de sens si on ne sait pas pourquoi on le fait, et de ce point de vue je nous trouve particulièrement bon. C’est moins spectaculaire que des actions de terrains bien mises en scènes, parce que la réflexion à son rythme propre, mais les deux sont complémentaires. Mon objectif principal, dans ce qu’on pourrait appeler mon « mandat » de responsable, est de fournir et de diffuser des argumentaires concrets montrant que l’autonomie n’est pas seulement un ajustement institutionnel, mais qu’elle peut servir de levier à une transformation de la société. Là encore, on ne part pas de rien quand on milite dans un parti autonomiste qui va bientôt fêter ses cinquantes ans, mais il y a un vrai travail d’actualisation et de vulgarisation à mener.

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