Dans trente ans: une vie, un travail, en Bretagne

at4L’UDB Jeunes a apporté sa contribution aux propositions de l’UDB sur l’Acte III de la décentralisation. Pour faire comprendre la portée politique de cette réforme en cours, nous publions quatre textes écrits par des militants qui appellent de leurs voeux des transformations profondes.

Le slogan « vivre et travailler au pays » peut sembler rétro, dépassé. Pour l’apprécier à sa juste valeur, rien ne vaut l’expérience : vingt-et-un ans à Paris. Vingt et un ans au cœur d’une agglomération dont la moitié des habitants souhaiterait pouvoir vivre ailleurs, où le quotidien de centaines de milliers de travailleurs est empoisonné par des transports congestionnés, où l’on vous dit pourtant que partir est un rêve naïf et que le départ en « province » est assimilable à un échec. Que la Bretagne est bonne pour les vacances, ou à la limite pour garnir en jambon les rayons des grandes surfaces.

Alors, s’il fallait se choisir un but pour dans trente ans -temps écoulé depuis la dernière loi de décentralisation adoptée sous un gouvernement de gauche…- ce serait de leur donner tort. De montrer qu’on peut travailler au pays, celui qui nous à vu naître ou celui qu’on a choisi. Que l’avenir de l’humanité n’est pas dans une concentration croissante des femmes et des hommes dans un même lieu, pas dans des agglomérations inhumaines dont la seule justification serait de concurrencer, par leur taille, d’autres grosses villes.

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Aujourd’hui, près de la moitié des habitants de l’agglomération parisienne souhaiterait pouvoir vivre ailleurs. Les gouvernements successifs s’entêtent pourtant à concentrer sur ce territoire, rendu répulsif par sa suroccupation, plus de 20 milliards d’euros destinés à accroître son attractivité…

Quand on arrive de Paris pour s’installer dans une ville bretonne, rien, au premier abord, n’incite au pessimisme. Au contraire. La Bretagne est riche d’un réseau de villes dynamiques mais à taille humaine, où l’on peut accéder aux services nécessaires à une vie active, se déplacer, se divertir, sans éprouver l’énervement, l’étouffement et le paradoxal isolement auxquels sont livrés les habitants des trop grandes agglomérations. Surtout la Bretagne est riche de ses habitants, d’une culture populaire vivante, de jeunes parmi les plus qualifiés et diplômés de France. Ses côtes, son climat, sa terre, semblent comme faits exprès pour permettre à la Bretagne de développer à grande échelle les énergies renouvelables. Tout pour réussir…

Tout, ou presque. Car pour se construire un avenir, on peut avoir tous les atouts en main, mais à un moment, il faut décider. Faire les choix nécessaires. Or, décider, le peuple de Bretagne ne le peut pas. Lui a-t-on demandé s’il approuvait la concentration de dizaines de milliards d’euros en région parisienne, en un temps où l’état des comptes publics tire à la baisse les budgets des collectivités locales ? S’il était vraiment nécessaire de prévoir de rendre Rennes deux fois plus proche de Paris que de Brest ? S’est-on soucié, alors que les discours officiels appellent à une réduction de la place de l’automobile dans notre société, de créer en Bretagne les lignes transversales qui permettraient au chemin de fer de devenir une alternative crédible au tout-voiture ? Les citoyens ont-ils donné leur accord au maintien en survie artificielle d’un modèle agricole destructeur pour l’emploi, la santé des travailleurs et celle de l’ensemble de la population ?

Or vivre et travailler au pays, cela veut dire aussi décider au pays. Quel avenir pourrait-on penser, quels projets pourrait-on prévoir, quelle vie, enfin, pourrait-on mener dans une Bretagne réduite à une économie résidentielle pour retraités et touristes où les jeunes en recherche d’emploi n’aurait plus d’autre choix que de monter dans le premier TGV pour aller étendre encore un peu plus la banlieue de Paris  ? La décentralisation n’est pas seulement une réforme technique, pas seulement un effort de rationalisation des politiques publiques. Elle est avant tout un choix politique et philosophique : le parti de refuser que l’avenir d’un peuple et d’un territoire soit décidé ailleurs et par d’autres. Le parti d’affirmer que les plus légitimes pour faire les choix qui engagent le futur d’un territoire sont ceux qui y vivent. Si ses auteurs perdent de vue ce principe, la décentralisation ne sera qu’une coquille vide, une façade qui masquera à peine des déséquilibres politiques et économiques croissants.

Carte des résidences secondaires en Bretagne. Beaucoup de communes côtières ont un taux de résidence secondaire très élevé. A cette échelle, le secteur résidentiel ne stimule plus l'activité mais étouffe l'économie et la vie locale.

Carte des résidences secondaires en Bretagne. Beaucoup de communes côtières ont un taux de résidence secondaire très élevé. A cette échelle, le secteur résidentiel ne stimule plus l’activité mais étouffe l’économie et la vie locale.

À l’heure où de tous côtés affluent des discours qui valorisent le local, le territoire, pour transformer un système mondial accusé de menacer l’équilibre climatique et de fragiliser les droits des travailleurs, un ambitieux « Acte III » permettrait enfin de sortir des invocations et d’être à la hauteur de l’Histoire. Autonomie fiscale pour les régions et péréquation entre elles, augmentation des budgets des collectivités et droit effectif à l’expérimentation, versement direct des aides de l’UE aux régions concernées, choix de l’échelon régional comme acteur premier de l’aménagement du territoire : voilà ce sur quoi se joue notre avenir, ce qui décidera si, dans une génération, nous aurons pu rester vivre en Bretagne, si ceux qui rêvent d’y revenir auront pu le faire, et si nous pourrons assurer à nos enfants qu’ils auront encore ce choix, cette liberté.

La vie n’est pas la même lorsqu’on subit, chaque jour, le cadre même de notre existence, que lorsqu’on a pu choisir où la mener. Vivre et travailler au pays, c’est faire le choix de la liberté et de la dignité. Une bonne raison de faire preuve de courage et de ne pas nous laisser voler les promesses d’un printemps d’élection par les frilosités d’un hiver morose.

N. C.

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