Concours de nouvelles des Pays de la Loire: l’UDB Jeunes participe (1)

Pays-de-la-LoireLa Région administrative des Pays de la Loire organise jusqu’au 30 octobre un concours d’écriture sur le thème « Pays de la Loire en 2040 ». Pour nous, UDB Jeunes, il a semblé que ce concours était un moyen d’exprimer notre opposition à cette technostructure par l’écriture. Deux de nos camarades ont participé à ce concours. Nous livrons ici le texte de Gael Briand. Précision: la date butoir du concours a été repoussée si bien que nos deux camarades ont du écrire leur prose en une semaine.

L’UDB Jeunes invite les militants favorables à la réunification de la Bretagne à participer à ce concours et à inventer la Loire-Atlantique de demain. Soit rêvée, soit cauchemardesque.

2040tez*

par Gael Briand

Il n’est certes pas courant pour un narrateur de s’exprimer directement à celui qui le lit dès les premières lignes d’une nouvelle, mais quand il s’agit d’amour, il n’y a plus de raison qui tienne. Quoique dans le cas de notre histoire, le héros va en effet être conduit vers l’amour par la faute de gens dont on ne peut pas dire qu’ils sont raisonnables sauf à considérer qu’un monde de fou puisse l’être! Ce qui arrive à Meven n’est ni singulier, ni anecdotique puisque cela fait malheureusement partie du quotidien de milliers de personnes vivant en Pédélie en 2040.

N’en déplaise aux rares lecteurs qui liront cette prose, il n’est point dans mon idée de tresser une couronne de lauriers à cette administration sans queue ni tête. La propagande dont elle inonde trains et journaux ou encore les rues sous forme d’affiches ou de banderoles lors d’improbables inaugurations de foires à la saucisse et de courses nautiques vous suffit bien assez pour que j’en remette une couche! Hélas, tant l’Etat que la Pédélie, en 2040, sont restés semblables à un scénario de film de Terry Gilliam: des machines bien huilées, gérées plus que dirigées qui écrasent ceux qui pensent.

Le pauvre Meven fait partie de cette catégorie honnie des gens. Son père, enseignant d’histoire à St Nazaire était dans son jeune temps un partisan actif de la réunification administrative de la Bretagne, sa mère l’est devenue non par amour pour son militant de père, mais par désespérance dans l’exercice de son métier. Il faut dire que la mère de Meven travaille dans une compagnie de chemin de fer qui, depuis son adolescence, n’a cessé de dégrader son service tout en augmentant ses tarifs le tout parce que la dite Région où elle et sa famille vivent préfèrent assurer un accès rapide à Paris plutôt que de desservir les destinations plus proches a fortiori quand elles vont vers l’ouest. De naturel plutôt calme, la mère de Meven a du mal à digérer le fait qu’étant jeune, elle pouvait aller voir sa soeur handicapée à Vannes en moins d’une heure et qu’aujourd’hui, il lui faille une heure trente et deux correspondances.

A défaut d’être conditionné par la Région des Pays de Loire et son budget de propagande exorbitant, Meven l’est donc par ses parents, éternels révoltés, mais néanmoins pacifiques. Ses amis le raillent également pour son attachement sentimental à la Bretagne dont eux-mêmes se contre-foutent pourvu qu’ils puissent, comme tout le monde, pianoter sur le dernier cri de la technologie. Pour être tout à fait honnête, les mêmes amis ne se sentent pas plus ligériens, cette identité créée de toute pièce voilà maintenant une quarantaine d’années à grands coups de marketing et ce, malgré les millions dépensés par la Région pour leur lobotomiser le cerveau. Déconnectés de toutes considérations politiques, ils oeuvrent à la bonne marche de l’économie mondiale et cela leur suffit amplement.

Or, 2040 se révèle être une date assez importante dans la vie de Meven puisqu’en cette année se prépare, dans la clandestinité la plus totale, l’organisation de la plus gigantesque manifestation en faveur de la réunification qui ait jamais eu lieu. Des cars des 5 coins de la Bretagne sont déjà affrétés et les réservations affluent. Les militants comptent en effet célébrer le triste anniversaire des 100 ans de la séparation de la Loire-Atlantique avec le reste de la Bretagne et rappeler à l’actuel Président de la région administrative que son fief n’existe que par la volonté d’un gouvernement illégitime en pleine Seconde Guerre Mondiale. Meven conçoit également cette manifestation comme une occasion de dénoncer le traitement qui est réservée à la langue bretonne -une de ses langues maternelles – qui a réussi à s’imposer officiellement (non sans mal), mais qui jouit toujours d’un boycott tout à fait scandaleux à la faculté de Nantes.

Évidemment parler de « clandestinité » fait toujours aussi peur, mais comprenons-nous bien: est clandestin l’activiste politique dans un régime qui ne le reconnaît pas! Point de terrorisme, ni de choses cachées, Meven et ses compagnons sont connus des services de police. Ils sont même fichés depuis leur adolescence parce que, dans cet asile qu’on appelle Etat, on est jugé suspect quand on défile un Gwenn-ha-du à la main dans les rues de Nantes. Pendant longtemps, Meven a cru être paranoïaque jusqu’au jour où on lui appris qu’il ne pouvait prétendre à un poste de fonctionnaire dans une commune de Brière où il avait envisagé de débuter sa carrière parce qu’il avait écopé d’une amende pour avoir écrit au feutre « 44 = BZH » sur un panneau de signalisation un soir où il avait fait un peu la fête avec des amis. Mais si je me permets de qualifier cette manifestation de « clandestine », ce n’est pas parce qu’elle est fréquentée par des délinquants de la trempe de Meven, mais surtout à cause de son caractère confidentiel. Cet épithète étonnera sans doute le lecteur attentif qui aura noté que nous l’avons pourtant décrite comme la plus importante à venir de l’Histoire de ce mouvement. D’années en années, la mobilisation n’a en effet jamais faiblie et s’est même accrue passant de 5000 à 10000 jusqu’à 30000 manifestants pour le 90ème anniversaire… sans qu’aucune chaîne n’en fasse écho, ni aucun média autre que militant! Entre parenthèses, 2040 ne sera d’ailleurs pas l’année du changement puisque les rares reportages dont il a été question sur le sujet ont duré une minute trente en fin de journal télévisé et ont été accompagnés de commentaires railleurs des journalistes sur l’aspect folklorique du mouvement. Sauf que Meven a l’air de tout sauf d’un indigène à qui l’on aurait fourré une plume dans le derrière pour épater la galerie.

Confidentiel donc puisque ce rassemblement n’a lieu que par la force du bouche à oreille et de quelques titres bénévoles ce qui a toujours impressionné Meven. « Baise la main que tu ne peux pas couper » dit le proverbe tant respecté par les journalistes peu scrupuleux! Et s’il est quelque chose qui énerve notre héros, c’est la censure qui habite les couloirs des rédactions: dire qu’il a toutes les peines du monde pour savoir ce qui se passe chez son pote Benoît à Redon ou si les brestois seront de la partie, mais qu’à l’inverse, la presse quotidienne lui inflige l’actualité de Mayenne dont il n’a que faire! Oh, inutile de le taxer de dogmatique, la question n’est pas de savoir si la vie des mayennais lui importe ou non, pour lui un homme est un homme et il ne saurait être question de le juger selon son origine ou sa couleur de peau, mais il n’a jamais compris ce qui pouvait réunir dans une même administration deux départements aussi différents que ces deux-là! Pas l’Histoire, ni l’économie, ni même la géographie… Rien à part la technocratie à vrai dire. Voilà l’aboutissement de la réflexion de Meven qui estime que si les Régions sont découpées comme des Etats africains en France, c’est parce qu’il a toujours été hors de question de remettre en cause le pouvoir central, ni de laisser croire que les choses pouvaient changer. Les frontières sont fixes, la France durera mille ans et ce sont Meven et ses compagnons de lutte que l’on traite de conservateurs.

Il faut dire qu’en 2040, on trouve toujours quelques vendéens pour dire que si la Loire-Atlantique est réunifiée, ils ne pourront plus étudier à Nantes. Comme si une fois cet objectif atteint, la Bretagne serait ceinte de barbelés et qu’on tirerait sur ces pauvres badauds depuis les miradors installés pour l’occasion. Kafka qu’on vous dit! La raison a définitivement perdu la partie en Pédélie en cette année 2040. Un processus qui fut lent et fastidieux, mais qui a produit du résultat malgré tout: fabriquer des boeufs qui, pour les plus bêtes d’entre eux, s’identifient à une administration!

Longue est la narration d’une pauvre hère comme moi. Et pour en arriver où? Après 60 années de militantisme, je vois l’oeil humide la jeunesse bretonne s’engouffrer dans les cars et rejoindre le coeur d’un pays, Nantes, pour défiler comme le faisaient leurs parents et moi-même quand il m’était encore possible de marcher. Que vous dire de plus sur notre jeune héros? Que sa vie d’adulte commença ce jour là, en juin 2040, où parmi cette foule de jeunes filles venus chercher un peu de bon temps et concilier beau temps et politique, il en est une qui regarda Meven d’un oeil qui voulait dire: « faisons un bout de chemin ensemble et qui sait, nos enfants iront peut-être remplir les classes Diwan afin que cette Histoire bretonne jamais ne finisse même sous le poids des années ». Comme quoi, comme pousse les fleurs au travers du béton, il reste toujours un espoir de liberté dans une prison.

* « karantez » en breton veut dire « amour »

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